« Sommes-nous encore longtemps condamnés à subir l’escroquerie de l’art contemporain ? »

Par Marine
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Dans “L’ Autre Art contemporain” (Grasset), un manuel de résistance au conformisme progressiste, Benjamino Olivennes, jeune agrégé de philosophie disqualifie l’art contemporain pour rendre hommage aux vrais artistes.

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Benjamin Olivennes est normalien et agrégé de philosophie. Il enseigne et prépare un doctorat en littérature à l’université Columbia de New-York. Il vient de publier « L’ Autre Art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs » aux éditions Grasset. 

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« Aucun intérêt », ce sont souvent les mots qui nous viennent à l’esprit quand on observe les travaux de Jeff Koons ou encore les rayures de Buren devant le Palais-Royal. Alors on acquiesce poliment, on se dit qu’on doit manquer quelque chose, que l’on a pas reçu l’éducation artistique appropriée pour comprendre ce type de travail. Or, si pour admirer certaines oeuvres de Watteau ou du Caravage, il convient d’avoir été habitué à fréquenter des peintures, l’éducation ne rend pas plus sensible aux tragiques expositions de la FIAC. 

« Imposteur », « terrorisme d’avant-gardes », … dans son dernier ouvrage, Benjamin Olivennes n’est pas tendre avec ce que l’on appelle communément l’art contemporain. Le jeune philosophe et doctorant à l’Université de Columbia (New York) vient de publier « L’Autre Art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs » (Grasset), un manuel de résistance aux discours dominants sur l’art contemporain. Dans ce court essai, l’auteur dénonce un marché de l’art spéculatif qui, depuis Duchamp et son urinoir inversé en 1917, fait de la beauté une notion périmée. L’impression que donnent ces artistes prétendus tels, c’est qu’ils veulent vivre de l’art sans le savoir-faire de l’artiste. Pour l’auteur, « La notion de métier désignait précisément cette alliance du savoir et de la délectation chez le peintre. » Aujourd’hui, l’artiste contemporain est au mieux un designer qui conçoit un objet comme les concepteurs de BMW imagineraient une voiture. Ils ne donnent plus vie à une matière, créant une oeuvre à la beauté quasi-transcendante comme l’a fait Michel-Ange, Vermeer et bien d’autres artistes moins reconnus. « La maîtrise de son métier ne garantissait pas au peintre d’être un grand artiste , mais sa disparition progressive au XXème siècle, devrait nous catastropher, comme nous attriste tout savoir qui se perd, toute langue qui disparaît, toute civilisation reculée qui meurt », déplore le philosophe. 

Si la France était au centre des arts jusqu’à la moitié du XXème siècle, elle est l’un des pays où le mythe de l’art contemporain a fait le plus de victimes.

Entendons nous aussi sur le terme d’« œuvre d’art ». Nous appelons œuvre d’art les productions des domaines suivants : sculpture, peinture, musique, littérature (poèmes + romans), et architecture. Ici, Benjamin Olivennes nous parle des arts visuels que sont la peinture, la gravure et la sculpture. Dans ces domaines, il défend des artistes qui sont nos contemporains mais qui ne pratiquent pas ce que d’ordinaire, nous pourrions appeler « l’art contemporain ». En d’autre termes, les nouveaux « artiste incompris ». Car, si tous les projecteurs sont braqués sur la toile Girl With Balloon de Banksy qui a été déchiquetée lors d’une vente aux enchères, dorment dans les musées des milliers de chefs-d’oeuvre qui, eux, peuvent provoquer une émotion sincère chez le visiteur. Parmi lesquelles, ” Lilette à la robe bleue sur un banc de Gaudi “. Cette toile a valu à son auteur Sam Szafran d’être reconnu comme l’un des plus grands peintres du XXème siècle par ses pairs. Encore, les gravures d’Erik Desmazière, représentant des scènes d’heroic fantasy, des batailles navales, des guerriers casqués. Chacun des artistes cités par Benjamin Olivennes sont bien connu d’un petit monde de connaisseurs, de collectionneurs, de poètes, de critiques. Ces artistes de talents bâtissent leur oeuvre, loin des mondanités et des obligations de carrière. 

Quand on regarde le vagin de la Reine dans les jardins du roi à Versailles ou le buste de Romy posé face à la gare Lille Flandres, on se demande ce qu’il est advenu du goût des Français. Car si la France était au centre des arts jusqu’à la moitié du XXème siècle, elle est malheureusement l’un des pays où le mythe de l’art contemporain a fait le plus de victimes. « Peut-être est-ce dû à son goût de l’idéologie du progrès, son complexe par rapport aux États-Unis ou encore la substitution du ministère de la Culture à l’ancienne bourgeoisie cultivée … »  questionne le philosophe. Rassurons-nous, l’idée de beauté en art n’est pas tout à fait morte, elle continue de s’imposer à celui qui le regarde. Et pour le plaisir du lecteur, cet amateur d’art convoque le meilleur de la peinture française : « C’est Poussin, notre grand homme ; c’est le Paysage ; ce sont les odalisques ; c’est la fête, fête galante ou bal populaire ; ce sont les enfants, chez les Le Nain, chez Chardin, chez Greuze, chez Renoir ou sur les barricades de Delacroix ; c’est une fascination pour l’Orient, et pour l’Espagne comme porte de l’Orient ; ce sont certains visages qu’on voit dans la peinture du XVIIème siècle, le visage du mousquetaire, ceux de “l’Académie” anonyme du Louvre, celui de “l’Autoportrait” de Poussin, dont Malraux disait qu’il ressemblait à de Gaulle ; c’est peut-être aussi une certaine palette, moins nocturne que l’italienne, moins “fluo” et “pop” que l’anglaise ; une palette fondée sur le bleu, bleu du ciel, bleu des vêtements dans la “Pietà” de Fouquet, bleu des murs et des nappes sur lesquels se détachent les pommes de Cézanne. »

Une contre histoire de l’art contemporain est donc possible.

L’ Autre Art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs – Benjamin Olivennes, Grasset, 16 €.

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