Royaume-Uni : La police de la pensée imaginée par George Orwell se matérialise

Par Marine
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Il y a quelques semaines, la police de Merseyside au Royaume-Uni promouvait un panneau d’affichage numérique qui encourageait les dénonciations de « délit d’offense ». Si la vive polémique que cela a suscité a contraint les forces de l’ordre à revenir sur leurs actes, cette initiative lève le voile sur les dérives totalitaires de l’État. 

Au Royaume-Uni, l’hypothèse selon laquelle la parole de certains individus doit être restreinte pour des raisons de « cohésion sociale » semble désormais acquise. L’image la plus topique de cette nouvelle mentalité est une photo prise par la police de Merseyside représentant quatre agents – a priori espacés selon les mesures de distanciation sociale – qui posent devant une camionnette publicitaire, affichant un drapeau LGBT ainsi que le slogan « Être offensant est un délit ». L’écrivain Andrew Doyle, connu pour faire la satire de la mouvance woke à travers son double fictif Titania Macgrath avait commenté l’image : « Dans ce contexte, l’impact dépersonnalisant de leurs masques faciaux est d’autant plus menaçant. Cela ressemble moins à une annonce d’intérêt public qu’à une menace. » 

Après plusieurs plaintes, la police a dû retirer sa campagne d’avertissement puis présenter ses excuses dans un tweet. Le porte-parole de la section de police a jugé bon de lever le voile sur toute ambiguïté, précisant que les crimes haineux constituent bien une infraction, contrairement au « fait d’être offensé ».  Il a ajouté que l’affiche partait d’une bonne intention, même si elle était « incorrecte ». Les détracteurs de cette initiative ont quant à eux souligné le caractère subjectif d’une telle infraction, considérant qu’il serait impossible de légiférer sur les discours individuels.

Le Parti national écossais (PNE) au pouvoir a déposé un projet de loi visant à criminaliser les discours accusés de « susciter la haine » contre des groupes de personnes ayant des « caractéristiques protégées ». Ce qui signifierait que des conversations privées au domicile seraient passibles de poursuites

L’image a été largement relayée parce qu’elle est symptomatique d’une époque qui vire au totalitarisme soft, celui là même que George Orwell décrit dans son roman dystopique «1984 ». Depuis que les manifestations Black Lives Matter ont éclaté un peu partout dans le monde, les forces de l’ordre – de façon plus poussée en Grande Bretagne et aux États-Unis – sont plus enclines à surveiller les discours publics et à réprimer celui qui s’écarterait du politiquement correct.

En analysant cette affaire, le comédien Andrew Doyle a soulevé deux points importants « Premièrement, l’affiche numérique n’a pas été réalisée sur un coup de tête par un officier avec une disposition de pharisien. C’est une campagne d’affichage conçue et approuvée par des membres du personnel qui ont été sollicité sur cette question. Il y a eu, a minima, des discussions et un consensus sur le sujet. » En effet, le simple fait que ce panneau ait été matérialisé en dit long sur la volonté inquisitrice des forces de l’ordre. Le deuxième point soulevé par l’écrivain c’est « le fait que, dans un sens, ce slogan décrit une vérité ». Si le crime de haine n’existe pas, en vertu de la loi de 2003 sur les communications, la police peut consigner des rapports contre une personne si ses propos sont jugés comme étant « grossièrement offensants ». Cette législation à l’effet dissuasif entraîne mécaniquement une restriction de la liberté d’expression.

En Écosse, le Parti national écossais (PNE) au pouvoir a déposé un projet de loi visant à criminaliser les discours accusés de « susciter la haine » contre des groupes de personnes ayant des « caractéristiques protégées ». Ce qui signifierait que des conversations privées au domicile seraient passibles de poursuites si il a été décidé qu’elles « attisaient la haine ». La police écossaise a déjà arrêté un homme parce qu’il avait publié un « tweet offensant » à propos du capitaine Tom Moore. L’homme de 35 ans inculpé pour délits de communication encoure six mois de prison. « Lorsque la police du Merseyside a déclaré qu’ ” être offensant était un délit “, elle avait par inadvertance laissé échapper une terrible vérité » a déclaré Andrew Doyle.

Le principe de la liberté d’expression est devenu difficile à défendre parce que beaucoup considèrent que restreindre la liberté de certains contribue à libérer la parole des minorités opprimées.

Le principe de la liberté d’expression est devenu difficile à défendre parce que beaucoup considèrent que restreindre la liberté de certains contribue à libérer la parole des minorités opprimées. Depuis la naissance du mouvement #Metoo en 2017, un nouveau puritanisme a vu le jour dans le cadre de la lutte contre les inégalités. Il s’agit de la cancel culture ou culture de l’effacement, selon laquelle il convient de dénoncer publiquement par voie de presse ou via les réseaux sociaux, toute personne qui a un comportement considéré comme déplacé, problématique voire haineux. Dès lors les contours de la liberté d’expression sont devenus difficile à définir.

La décapitation du professeur Samuel Paty par un terroriste après avoir donné un cours sur la liberté d’expression contenant deux caricatures de Mahomet, la croisade lancée contre un professeur à Sciences-po Grenoble accusé d’islamophobie, ou encore la censure par les GAFAM de l’ancien Président des États-Unis Donald Trump avaient relancé les débats autour de cette liberté. La question se pose une nouvelle fois :  A-t-on toujours le droit d’offenser ?

Tolérance zéro et amende salée étaient de mise dans la proposition de loi contre la haine en ligne élaborée par Laeticia Avia. Si cette loi était passée, chaque contenu à caractère « haineux », « terroriste » ou « pédopornographique » publié sur les réseaux sociaux, sans modération pendant une heure devait constituer un délit. Et ce délit se serait assorti d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 250 000€. La parlementaire est revenue sur la censure par le Conseil constitutionnel de la loi, affirmant qu’elle était allée « trop loin dans le sanction ». Cette décision du Conseil constitutionnel avait été accueillie chaleureusement par les défenseurs de la liberté d’expression. Toutefois, les plateformes sociales subissent de plus en plus de pressions de la part d’activistes qui les appellent « à se positionner et à prendre des décisions fortes ».

 

  • Crédits photo : capture d’écran Twitter.

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