Des historiens américains veulent voir l’Antiquité disparaître

Par Apolline Rousseau
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Des chercheurs américains accusent les sociétés grecque et romaine antiques d’être le creuset et un vecteur de la « domination blanche ». Ils souhaitent voir leur étude disparaître des universités.  

Afin de déconstruire ce qu’ils appellent la « blanchité », plusieurs professeurs d’universités américaines prestigieuses remettent en cause les sociétés antiques grecques et romaines ainsi que leur enseignement. Pour ces chercheurs, l’étude du monde gréco-romain aurait servi les mauvaises causes : l’esclavage, la colonisation, le racisme, le fascisme, le nazisme, la «domination blanche», et même récemment les émeutes du Capitole. Cette controverse a gagné la France grâce à la tribune de Raphaël Doan publiée dans Le Figaro.

Une matière de « mi-vampire, mi-cannibale ».

L’auteur de « Quand Rome inventait le populisme » (éd. du Cerf) , nous apprend qu’un professeur d’histoire romaine de Stanford aurait qualifié sa matière de « mi-vampire, mi-cannibale » et espèrerait « sa mort, le plus tôt possible ». Sur cette même ligne, un professeur associé de lettres classiques à l’université de Brown accuse la discipline d’être « un complice de la suprématie blanche ». Une autre universitaire n’hésite pas à associer l’étude de l’Antiquité « au fascisme et au colonialisme ».

Pour Adrien Delahaye et Caroline Schwob-Blonce, deux historiens interrogés par 20 Minutes, le fait que des enseignants se positionnent en faveur de l’abolition d’une matière est assez nouveau. Il était plus fréquent de rencontrer de l’idéologie dans certains domaine académiques mais pas une remise en question de sa discipline par le chercheur lui-même. Les deux historiens français y décèlent chez leurs homologues américains,  une volonté de s’interroger « sur leur responsabilité concernant les réappropriations politiques qui ont été faites de l’antiquité gréco-romaine jusqu’à aujourd’hui, par l’extrême droite, les suprémacistes, fascistes ou nazis ». Ces interrogations s’inscrivent dans un contexte où le champ académique est de plus en plus marqué par le champ militant, qui manie des concepts tels que « cancel culture »,  « blanchité » (whiteness) ou encore la « domination blanche ». Adrien Delahaye, docteur en Archéologie et en Histoire des mondes anciens méditerranéens, spécialiste de Sparte, explique ainsi que « la culture académique américaine récente connaît un phénomène de militantisme académique, qui touche l’Antiquité comme d’autres domaines. » 

 Il ne faut pas mettre dans les têtes et les bouches des anciens Grecs et des anciens Romains des pensées qui sont les nôtres ou des peurs qui sont les nôtres.

À la question de savoir si il s’agit d’un débat récent, les deux chercheurs interrogés par 20 Minutes soulignent que ce type de questionnement sur le racisme, l’esclavagisme et les réappropriations politiques n’est absolument pas nouveau. Caroline Schwob-Blonce, Maître de conférences à l’Université de Caen Normandie, spécialiste de la période impériale romaine explique d’ailleurs que « les historiens partent toujours avec des questionnements issus du temps présent, posés à l’aune des évolutions de notre société actuelle. » Il est un exercice périlleux que de juger l’histoire à l’aune de notre pensée contemporaine. L’histoire peut s’en trouver viciée. En effet, les concepts très récents de race, de blanchité ou de genre n’existaient pas dans l’Antiquité. « C’est intéressant à utiliser mais il ne faut pas mettre dans les têtes et les bouches des anciens Grecs et des anciens Romains des pensées qui sont les nôtres ou des peurs qui sont les nôtres » mesure Adrien Delahaye.

 

  • Crédits photo : Acropole d’Athènes – Pixabay

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